Point du jour Archive

Une fois de plus, une fois de trop, le cas Thomas Thevenoud vient rappeler qu’au delà des discours lénifiants et faussement compassionnels (comme on dit aujourd’hui pour gommer la condescendance du terme compatissant) les 5000  professent un profond mépris pour le peuple.
À eux les ors de la République, les logements, chauffeurs et domesticité, déjeuners offerts, chaussures cirées à domicile, sinécures royalement payées, cumul d’indemnités et autres avantages fiscaux…. À eux la phobie administrative…. À nous l’Administration ! À nous les impôts !
Le député Thevenoud grand phobique parmi les 5000, membre de commissions fiscales au Parlement,  partisan de nouveaux impôts, pourfendeur de la fraude fiscale (lui aussi !) invoque la négligence, le manque de temps pour déclarer et payer, bref pour s’acquitter de ses obligations fiscales les plus élémentaires. À l’entendre, il serait comme le cordonnier qui est toujours le plus mal chaussé, car chacun sait que se faire matraquer par l’impôt est un confort voire un luxe dont un 5000 n’a pas le temps de jouir. Ce dernier trait dénonce un cynisme effarant. En plus, il nous prend (ils nous prennent) pour des imbéciles. Aux yeux des 5000, rien de plus normal puisqu’ils sont la crème de la crème, et nous des … sans-dents.
Le mot est lâché. Terrible, dévastateur, au premier abord incompréhensible. Il faut faire un effort pour réaliser qu’il s’agit d’un mot d’esprit. Les sans-dents sont les pauvres.
On pense alors aux SDF au sourire (?) édenté que par leur gestion calamiteuse de la France, les 5000 ont jetés dans rues, disputant le trottoir aux faux mendiants vrais professionnels estampillés Schengen.
Le groupe de ceux qui se sentent visés ne s’arrête pas là. Les 5000 ont aussi au nom d’une pseudo solidarité, qui n’est qu’un prétexte pour gérer et digérer des fonds de plus en plus considérables et improductifs, créé une société du chômage exponentiel, où se soigner devient un luxe, en particulier quand il s’agit des dents.
Les 5000 auraient tort de se gêner, tous les Français sont des sans-dents  puisqu’ils se soumettent sans même faire mine de mordre. On les préférait quand ils étaient sans-culottes.

« L’intendance suivra » répliquait le Général de Gaulle dans les années soixante à ceux qui lui objectaient que le France n’avait pas les moyens de sa politique de grandeur. Près d’un demi-siècle plus tard, l’intendance ne suit plus, pas même pour assumer une politique au pied menu.

 A l’international, les rodomontades dignes d’un Badinguet qui promettent de “punir“ le tyran syrien et ne sont suivies de rien font de la diplomatie française la risée du Levant. Elles provoquent une condescendance de nos alliés qui se gardent bien de suivre le Président Hollande dans ses tartarinades africaines et invariablement solitaires. Le petit timonier devrait pourtant se souvenir à la lumière de l’affaire du génocide rwandais que, quelque soient les bonnes intentions affichées, l’on ne sort jamais indemne des aventures militaires dans ce continent mère de l’humanité.

 Nonobstant, les 5000 continuent à “justifier“ cette néo-France/Afrique par les appels au secours des dirigeants locaux… appels que nous sommes les seuls à entendre. Les mêmes 5000 professaient lors de la seconde guerre d’Irak qu’il n’est d’ingérence militaire légitime qu’en vertu d’une décision onusienne et d’une action collective.

 Quoique d’ambition modeste cette politique coûte trop cher. Pendant que les soldats français font la chasse au djhadiste fantôme dans les sables rocailleux du désert, les tycoons chinois engrangent les contrats sans se salir les mains… et le déficit public français s’aggrave.

Plaie d’argent n’est pas mortelle a-t-on coutume de dire. L’adage a sa limite. Elle est atteinte quand  l’économie sombre dans la déflation et la récession. Elle est dépassée car nos intendants sont désormais incapables de faire suivre un pays qui n’a plus confiance en lui, mais surtout en eux qui offrent le spectacle de chamailleries puériles.

 Que s’est-il passé pour que perdent toute efficacité ces brillants hiérarques qui avaient réponse à tout, et le verbe haut donnaient des leçons au monde au nom d’une arrogance dénommée exception française ?

 La réponse est simple. Les 5000 ont été formatés pour gérer une situation de l’économie mondiale et nationale qui n’existe plus. Leurs catégories intellectuelles sont inadéquates, obsolètes, dépassées… on ne sait plus quel adjectif employer pour qualifier ces instruments de pensée qui datent du 19ème siècle.

 Ils ne comprennent pas vraiment le monde d’aujourd’hui et ne conçoivent pas celui de demain. Le peu qu’ils perçoivent de ce temps qui va sans eux heurte profondément leur sens des priorités. Construits dans une société de croissance et d’abondance, où l’ennemi était le travail pénible d’une industrie d’avant les robots, leur mental se rebiffe quand il est question de compétition économique. On leur parle de création de richesse, ils entendent “politique de répartition“.  On évoque le chômage, ils comprennent “partage du temps de travail“.

A leur décharge il faut admettre que la position dans laquelle se trouve la France n’est pas une simple crise comme on en a tant connues, il s’agit d’une  situation inédite depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale où la société française dans son ensemble doit se remettre en question. A l’évidence elle ne le fera pas si ses élites ne lui en donnent l’exemple comme c’est leur rôle et leur justification.

Macte animo ! Courage, disaient nos ancêtres de cœur les gallo-romains. Tel est le cri que l’on brûle d’adresser aux 5000 qui paraissent groggys debout ou qui comme certains désertent le champ de bataille qu’ils ont pourtant choisi.

Le Président de la République tire (ou voudrait tirer) à hue, non pas comme Robert Hue dont on se souvient peut-être comme le gentil schtroumpf qui vendait du muguet pour remplir les caisses du Parti Communiste, mais selon le langage des cochers : à droite.

Ses Ministres (Montebourg et Hamon)  tirent l’attelage à dia, c’est à dire à gauche. On n’en croit pas ses oreilles, et le char de l’Etat ne va nulle part. En fait, il va dans le néant, et verse dans le fossé.

Au delà de la métaphore, il n’y a pas lieu de sourire. La seule question qui se pose est quand vont-ils reconnaître qu’ils n’ont pas la moindre idée de l’effet des politiques contradictoires qu’ils vantent ? Jamais !! Car alors ils leur faudrait se démettre.

Que faire ? Pourquoi pas un référendum spontané… Une pétition pour faire cesse cette mascarade et leur enjoindre de revenir devant les électeurs ? Oui, pourquoi pas ?

Aux urnes citoyens !!!

L’élection n’est pas la panacée universelle, mais ne rien faire est la certitude du pire.

L’Argentine que plusieurs économistes de la gauche extrême ont donné comme exemple à suivre de l’Etat courageux qui ne paie pas ses dettes et s’en trouve très bien, connaît les affres que réservent à leurs débiteurs la rapacité des fonds vautours.

 

Nos 5000 se gargarisent des bas taux dont bénéficie la France en oubliant que ces taux sont la conséquence du taux zéro que la FED pratique aux État-Unis.

 

Ils perdent de vue que l’économie US connaissant une croissance de 4% et un taux de chômage descendu à 6%, contre le double chez nous, un hausse rapide des taux américains d’ores et déjà programmée ne pourra que se répercuter sur ceux pratiqués à l’égard de la dette souveraine française.

 

Si la croissance étranglée par la fiscalité et les rigidités réglementaires ne revient pas, si le déficit s’aggrave faute de réduire la dépense publique la France se heurtera au mur de la dette… Comme l’Argentine.

 

Jusqu’ici, le fait d’emprunter bon marché est une incitation à maintenir une politique absurde de déficit public qui se montre non seulement inefficace mais toxique, en détournant les euros du secteur productif que chez les 5000 l’on appelle marchand, avec une certaine condescendance.

 

Pour se protéger des fonds vautours qui rachètent les dettes des États à vil prix pour en exiger le paiement au plein nominal et intérêts, il n’y a qu’une seule solution : décider que pour les emprunts futurs la créance sur l’Etat ne sera désormais pas cessible.

 

Certes les prêteurs qui empruntent pour rien aux USA se bousculeront moins pour nous prêter pour pas cher. Mais cette règle de vérité qui obligerait nos prêteurs à le rester jusqu’au terme de chaque emprunt aurait le mérite d’écarter les spéculateurs qui pensent toujours pouvoir sauter du train avant la collision, et de fait la provoquent.

 

Vous avez dit vérité ? Voilà une épreuve qui épouvante les 5000.

Le Jabberwokcy est un personnage improbable  qui naît dans une langue composite inventée par Lewis Caroll dans l’univers du Pays des Merveilles d’Alice.

Le monde politique français possède son personnage poétique déroutant et baroque, il a nom Arnaud Montebourg. Son physique de play-boy lui permet de surfer d’échec en échec sans coup férir. D’Arcelor, à Alstom, de la nationalisation à tout crin à une dérégulation furieuse que la Dame de fer Thatcher n’aurait jamais rêvée, il bondit, et rebondit.

Très tôt, le jeune Arnaud a compris qu’une carrière politique passe par l’ENA. Hélas, il ne parvient pas à intégrer ce haut lieu où l’on stérilise l’intelligence française en lui inculquant des fariboles ringardes inutiles dans le monde  d’aujourd’hui, mais où l’on se constitue un réseau d’une efficacité sans pareille pour s’emparer des postes de l’Etat les plus enviés. À cet égard, le barreau, auberge espagnole où l’on ne mange que ce que l’on y apporte, ne sert à rien, mais il est ouvert à tous. Avocat sera sa carte de visite.

Défendre la veuve et l’orphelin ne passionne pas Maître Montebourg, son regard se porte plus haut. Tout en haut, la Présidence de la République est l’objectif obsessionnel de sa vie. Il ne se voit pas parmi les meilleurs mais le meilleur. Le style aristocratique d’Arnaud Montebourg qui conduit plus d’un à lui donner du « de Montebourg », revient à sa branche maternelle. Son illustre aïeul, Ahmed Ould Cadi, agha de Frendah (Oran), qui combattit aux côtés de l’armée française lors de la conquête de l’Algérie, fut fait chevalier de la Légion d’honneur en 1842, officier en 1852, commandeur en 1860, puis grand officier dans cet ordre.

L’affaire du Carrefour du développement où 27 millions de francs se sont évaporés est un des premiers scandales financiers de la Mitterrandie. Dans ce procès où le premier plan est occupé par Christian Nucci (amnistié en 1990), le jeune Montebourg défend la présidente de l’association. Introduit dans les méandres des approximation financières du monde politique par les écarts socialistes, il retourne le glaive contre la droite. Sa cible sera désormais le Président de la République.

Le weekend du 31 mai/1er juin 1997 sera pour Arnaud Montebourg décisif : le samedi il épouse Hortense de Labriffe, fille du comte du même nom et le dimanche il est élu député de Saône et Loire.  Mais, les réseaux provinciaux ne sont rien à Paris, il faut pour exister dans le microcosme pénétrer le monde des médias. En 2010, il noue un concubinage avec une journaliste politique de premier plan. Et voici 2011, la primaire socialiste pour la candidature aux présidentielles lui offre l’occasion de se positionner sur ses ambitions finales.

Côté programme, Montebourg ose tout, la mondialisation est un fait, il milite pour la démondialisation. La réalité n’est pas sa tasse de thé. Il est à l’aise dans l’imprécation. L’injure lui vient plus rapidement à la bouche que la pensée. Son score qui le place en troisième position avec 17,19 % des voix, le rend incontournable. Ministre, il se démultiplie, et fait de la gaffe un art majeur. À dire tout et son contraire on devient insaisissable, et l’on a réponse à tout. Une seule règle occuper le terrain, exister.

Un destin hors norme que celui de Monsieur Montebourg. Jusqu’où montera-t-il ?  Peut-être au sommet de l’Etat, ou peut-être à la disgrâce comme l’écureuil emblème de Fouquet surintendant des finances dont la munificence irrita si fort Louis XIV et dont la devise était « quo non ascendam« , jusqu’où ne monterais-je pas ? A gauche, en effet, on s’y entend à merveille pour couper les têtes qui dépassent.

« Prends garde au Jabbewocky », conseille Lewis Caroll.

Interrogé sur l’incidence de la complexité du droit du travail dans les obstacles à l’embauche, le Maître de Bercy rétorque avec le large sourire qu’on lui connaît : « Le code du travail est trop lourd ? « Il n’y a qu’à le rédiger en petits caractères, il sera moins gros ». »

On refuse d’y croire, et pourtant le fait est là dans toute son obscénité. La réplique de Michel Sapin, membre indubitable de l’élite de France, est traitée par l’Opinion (le périodique) comme un accident de communication. Hélas, cette sortie de route n’est pas un fait isolé, et elle révèle un gouffre vertigineux entre l’arrogance des 5000 et la réalité.

« Le bon mot de Michel Sapin a raté son objectif » surenchérit Arnaud Montebourg. Quel objectif ? Celui de démontrer que le chômage est un sujet de plaisanterie ?

L’attitude ironisante est un réflexe inconditionnel, non seulement d’une certaine gauche face aux critiques qu’elle juge marquées du sceau de l’infamie libérale, mais encore de la quasi totalité de l’intelligentsia française nourrie au lait maternel d’un dogme qui veut que tout salarié soit un prolétaire livré aux appétits furieux et gloutons d’un patronat cynique. Toute entrave à la liberté du chef d’entreprise est ainsi par nature une protection du salarié. L’idée saugrenue que le travailleur puisse être victime à rebours de cette armure de plomb est iconoclaste, et suscite la condescendance, voire l’indignation. Hors de question donc de faire l’inventaire et le partage entre les bonnes et les mauvaises contraintes.

« S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche », lance la Reine de France à l’adresse des mécontents qui secouent les grilles de la monarchie. Quand Michel Sapin, à peine sorti de son Ministère du Travail pour entrer dans celui des Finances, met au mauvais goût du jour la malencontreuse plaisanterie  de Marie-Antoinette, dans un contexte où il se montre impuissant à endiguer le nombre des chômeurs qui augmente chaque mois, son humour indécent empeste une fin de règne où le déni du réel se drape dans une élégance de forme… En l’espèce assez piteuse.

A la vacuité de l’argumentation économique, le Ministre allie un mépris profond des gens privés d’emploi, donc d’utilité sociale, mais à ses yeux bien mal venus de se plaindre puisque l’Etat leur dispense larga manu de confortables indemnités prélevées sur les masses qui travaillent encore au nom d’une solidarité mal répartie dont l’échec économique a créé la raison d’être. Au moins, l’épouse écervelée de Louis XVI n’était-elle pas la responsable directe des misères du peuple de France.

Dans les classements internationaux relatifs à l’éducation le rang de la France ne cesse de se détériorer. Ce n’est pourtant pas faute d’y consacrer de plus en plus de moyens, bien plus que les pays mieux classés.
La singularité française réside dans le fait que la politique de l’éducation y oscille entre la volonté de favoriser les meilleurs, et la velléité de combattre l’échec.  Exhausser les talents et repêcher les traînards, ces deux politiques paraissent complémentaires et à première vue bénéfiques. En fait, elles se réalisent au détriment de la progression de l’ensemble des jeunes qui ne sont ni des surdoués ni des sous-doués. Cette classe moyenne forme la majorité des apprenants. Elle souffre d’être négligée au profit des excellentes têtes d’œuf avec lesquels l’écart ne cesse de croître, et la place en situation de médiocrité. Elle pâtit tout autant du nivellement par le bas qui en dévalorisant ses efforts les rend vains.
Dés le collège on crée des classes d’excellence, puis à l’étape suivante hors des grandes écoles point de salut. L’Allemagne qui ignore ces structures éducatives élitistes ne s’en porte pas plus mal. A l’autre extrémité, le rattrapage du peloton par les attardés consiste à ralentir celui-ci. Cette philosophie favorise, non pas l’individualisme qui peut s’épanouir à l’intérieur du groupe d’étude ou de travail comme dans la société Nord américaine, mais l’égoïsme forcené qui est la marque de notre élite; l’égoïsme des meilleurs, mais aussi celui de « l’élite des cancres » qui rejettent toute contrainte sociale.
L’élévation du niveau moyen qui permet aux individus de travailler en équipe et favorise la prise de conscience de l’interdépendance n’a dans la France éducative aucun défenseur, telle est sans doute l’aspect le plus pernicieux de l’exception française.

L’élite est un groupe d’individus qui se distingue par la conjonction d’une sélection des meilleurs, la détention d’un pouvoir déterminant pour le corps social et l’exercice d’un magistère moral. Qu’un seul de ces caractères fasse défaut et l’élite disparaît. Faute d’exemplarité morale, elle devient oligarchie; sans qualifications supérieures elle est médiocratie, et sans prise sur les décisions capitales elle verse dans l’impotence.

À ces trois égards, l’élite de France est en danger.

Dans ses différentes composantes, l’élite n’est plus en mesure d’exercer une exemplarité morale. Les élus semblent s’ingénier à se disqualifier chaque jour un peu plus, de sorte que le premier qualificatif qui leur colle à la peau est le triste « tous pourris ». Les hauts fonctionnaires ont perdu leur aura d’êtres désintéressés par leur gestion égoïste, inefficace et surfacturée qui consiste désormais à se servir des biens publics et non plus à servir le bien public. Les grands patrons n’ont plus depuis le 19ème siècle valeur de modèles sociaux, leur comportement dans l’époque récente n’a rien fait pour redorer leur blason. Restent les communicants qui continuent à influencer les esprits, mais leur marque est fugace et l’opinion volatile, car elle ne perçoit aucune cohérence dans les fatwas de ces ayatollahs des médias.

Quels sont les pouvoirs de l’élite française d’aujourd’hui ? Les politiques avouent leur impuissance face à la crise, à la mondialisation, à l’Europe, au terrorisme, au racisme… Les hiérarques de l’Etat n’ont plus de recettes miracle à proposer, ils proposent aux élus une boîte à outils qui tient plus du bricolage que la la politique économique. Les patrons ne songent qu’à ces horizons lointains où leur prise sur le réel n’est pas entravée. Les communicants, le quatrième pouvoir, n’est plus bon qu’à démolir les trois premiers.

La composition de l’élite n’est pas plus satisfaisante. Elle découle de trois sources : le concours, l’élection, et la cooptation.
La voie du concours souffre d’un malthusianisme forcené, et d’une inadaptation des formations aux exigences du monde moderne. Sont promus au sommet des administrateurs et subsidiairement des matheux distingués lors d’une sélection précoce d’un groupe restreint et homogène, jamais remise en question, alors que le monde appartient à la diversité, aux créatifs, aux entreprenants et aux commerçants.
L’élection n’offre qu’un accès temporaire à l’élite dont on sort aussi vite qu’on y est entré si l’on n’est pas protégé par un statut auquel donne accès le concours. La cooptation, sélection par les réseaux, n’est qu’un avatar de la culture des promotions par concours, elle n’assure en rien une ouverture sociale ou une diversité de talents. En définitive, l’élite française n’est plus apte à diriger la France, sa principale efficacité consiste à  pérenniser les privilèges dont elle jouit. Elle n’est plus une élite mais une communauté de profiteurs.

L’Etat ne peut pas tout“, déclare Lionel Jospin le 13 septembre 1999.

« Michelin annonce un plan de restructuration préparant la suppression de 7 500 postes. Alors Premier ministre depuis deux ans, Lionel Jospin lâche au JT de France 2 une phrase qui lui coûtera cher : « Il ne faut pas tout attendre de l’Etat [...]. Je ne crois pas qu’on puisse administrer désormais l’économie. [...] Tout le monde admet le marché. » Avec ce qui est pris pour un aveu d’impuissance à l’époque — seule l’idée que l’Etat ne peut pas tout sera retenue — Lionel Jospin introduit en réalité son idée d’une social-démocratie. Celle-là même que Manuel Valls dit « assumer » aujourd’hui » écrit le Nouvel Obs ce 30 avril 2014.

Il est vrai que, ce jour de septembre1999, le socialiste qui était Premier Ministre de la France brise un tabou. Depuis, l’impuissance de l’Etat est devenue une rengaine dont les refrains sont que les politiques sont impuissants face à la mondialisation, que l’Europe impose sa loi tatillonne, et que l’Euro prive la politique économique de l’essentiel de ses moyens d’actions, c’est à dire dévaluer. La dévaluation compétitive a beau se parer des plumes de la modernité, elle consiste à annuler les effets de la redistribution sans le dire. Par l’inflation qu’elle induit, elle diminue les revenus de ceux qui n’ont pas de pouvoir de négociation : retraités, salariés, titulaires de prestations sociales…

N’en déplaise au Nouvel Observateur, c’est bel et bien un aveu d’impuissance parfaitement justifié que livre Lionel Jospin. Baptiser ce constat du joli nom de social-démocratie, au demeurant pléonastique, car comment imaginer une démocratie non sociale, ne change rien. L’hyper-Etat ne peut pas tout, et pour être objectif, il ne peut plus grand-chose, et en se mêlant de tout, il peut surtout mal faire.

Les raisons de cette incapacité de l’Etat de répondre aux défis du monde tel qu’il va, ou si l’on est pessimiste tel qu’il ne va pas, ne sont pas dans l’impéritie des dirigeants politiques ou dans une fatalité spécifiquement française. Elles résident dans ce que l’on peut définir comme le martyre de l’obèse. L’Etat est devenu un grand corps podagre, il tient son impotence de sa boulimie. Tel un malade de la goutte ses extrémités le font horriblement souffrir. Les petits privilégiés du système étatique ne cessent de récriminer. La malédiction est que bien que paralysé, sa nature d’outre-mangeur pousse l’hyper-Etat à accroitre sans cesse son embonpoint. Et la consommation pâtissière de millefeuille n’arrange rien.

De fait, l’Etat, reconnaissant son inaptitude n’a plus aucune légitimité pour exiger des citoyens des contributions de plus en plus élevées. C’est donc à une cure drastique d’amaigrissement que l’Etat doit d’urgence se soumettre en se recentrant sur ses missions régaliennes, à l’exclusion de toutes autres.

La Cour des Comptes le dit, par la voix de son Président, le socialiste Didier Migaud, un 5000 non énarque, il y a trop de fonctionnaires.

Il n’est pas le seul. Sur le site officiel de l’Etat “Vie publique“ en ligne le 12/12/2012, on peut lire : « L’évolution de long terme: l’augmentation des effectifs de la fonction publique. Ceci s’explique d’abord par l’accroissement, depuis le deuxième tiers du XIXe siècle, avec une accélération après 1945, des interventions économiques et sociales de l’État, qui ne se limitent plus aux seuls domaines régaliens. Quant aux collectivités territoriales, l’augmentation des effectifs de fonctionnaires s’explique par le mouvement de décentralisation qui, depuis 1982, transfère des compétences de l’État aux collectivités. Aujourd’hui, donc, les effectifs de la fonction publique constituent une charge importante pour les personnes publiques et un souci constant. Ainsi, pour l’État, les traitements et les retraites versés aux fonctionnaires représentent plus de 40% de son budget. »  .

La vraie question n’est pas celle de la qualité du service public, mais celle de l’extension déraisonnable du champ d’action de l’hyper-Etat.

La revue parlementaire a lu Les Cinq-Mille , elle y a vu un « elite bashing », il serait impensable de critiquer l’hyperélite.  Nos responsables sont aux yeux des scribes du parlementaire tous des irresponsables. Malgré ces réserves le commentaire conclut : « La charge est sévère (et facile), mais loin d’être toujours injuste ». Apparemment, il n’est pas si facile de critiquer les 5000, mais venant de leurs auxiliaires zélés ce compliment vaut une légion d’honneur. On aurait adoré un commententaire sur la manière abondamment traitée dans l’ouvrage dont leurs lecteurs parlementaires sont dépossédés de leurs rôle par les 5000, mais là aussi le sujet est tabou. Jusqu’où le déni de réalité conduira les gardes du temple ?

http://www.larevueparlementaire.fr/pages/RP961/rp961-kiosque.html

 

 

À quoi bon dénoncer la gestion de la France par les 5000 ?

Quand le bateau coule, faut-il se taire ? Les 5000 n’ont pas entamé leur autocritique, ils étaient dans le déni de réalité, ils sont dans le refus de responsabilité. Leur emprise sur la société est telle qu’ils sont à l’abri de la précarité générale, et prohibent la mise en cause de leur action. Il est même interdit d’en parler. Par leur pouvoir sur les communicants, ils nomment populisme la moindre critique à leur endroit…. Silence, on détourne la démocratie.

Que faire ? La Révolution ?

Commençons par partager le constat le plus largement possible, et on en fera l’économie. Puisque les 5000 ne consentent pas à un minimum de lucidité, montrons leur qu’ils n’ont pas définitivement gagné la bataille des idées. Nommons les 5000, montrons les du doigt, et leur pouvoir s’effritera car il est fondé sur des privilèges sournois. Discutons de leurs prébendes. Rien n’est irréversible. Le vrai mal français est que personne n’a mis en examen les 5000 devant le tribunal de l’opinion. Tel est l’ambition du collectif Simplicius Aiguillon, dont les deux auteurs, porte parole et rédacteur, sont Thierry Merle et  André Touboul.

Qui est Simplicius Aiguillon ?

C’est un collectif ouvert. Tout ceux qui le souhaitent peuvent apporter leur concours à la solution des problèmes qui assaillent et étouffent la France. Thierry Merle et André Touboul ont rencontré et pris les avis de nombre d’entre eux, traduits dans le livre Les Cinq-Mille, Fortune et faillite de l’élite française. Chacun donne à sa participation la forme qu’il souhaite… Un soutien moral, une information sur les 5000, une suggestion pour en sortir, une action concrète pour la diffusion des idées d’Aiguillon… C’est ainsi qu’à été crée ce blog et la campagne d’affiches pré-parution… Le livre n’est pas facile à trouver en librairie… Sans doute l’éditeur a-t-il voulu jouer la carte de la rareté… Faut-il y voir la main des 5000 ?

L’élite se définit par la conjonction d’un mode de sélection, d’une gamme de compétences et d’un champ de responsabilités. L’hyper-élite française est le résultat d’une sélection précoce, inégalitaire, très restreinte en nombre et en origine. Elle a des compétences limitées à des formations principalement administratives, et accessoirement mathématiques ou managériales. Ses responsabilités sont à la fois éludées et tentaculaires.

Les 5000 jouissent des privilèges attachés aux responsabilités dont ils refusent d’assumer les conséquences. Ils n’ont pas toujours les compétences requises mais imitent ceux qui les ont. Quand à la sélection, on compte des intrus qui tôt ou tard sont rattrapés par la patrouille au premier écart de conduite, qui n’est souvent qu’une simple faute de goût.

Devant la débâcle des politiques, les 5000 ne sont-ils pas le seul recours ?

Poser la question ainsi expose à confondre l’effet avec la cause. Dans le monde réel, les politiques n’inventent rien, ils vont chercher leurs idées dans les Think Tanks, les cercles de réflexion, chez les hauts fonctionnaires. Ils ne font que tenter de vendre les recettes agréées par les 5000. Ce ne sont pas les politiques qui sont devenus idiots, mais les solutions conçues par les 5000 qui sont inadaptées, obsolètes, invendables et pour tout dire toxiques.

Les 5000 sont pris au piège de leur propre discours. Ils ont construit une image de ce que les Français peuvent ou ne peuvent pas accepter qui interdit de procéder aux réformes indispensables d’adaptation au monde moderne.

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Ni droite ni gauche, n’est-ce pas une forme de droite honteuse ?

Quand on fait une analyse sociologique, la moindre des choses est de rechercher l’honnêteté de ne pas tomber dans le manichéisme ou le militantisme. La vie réelle n’est ni de droite ni de gauche, elle est. Il faut faire l’effort de ne pas interpréter les faits de société comme s’il s’agissait d’un match PSG/OM.

Le bien et le mal ne se répartissent plus aujourd’hui comme au 19ème siècle. En France, l’hyper-élite des 5000 vit et fait vivre sur des schémas vieux de plus d’un siècle.

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Si on en fait une lecture populiste, le livre ne fait-il pas le jeu du Front National ?

Il y a des spécialistes de la lecture entre les lignes qui oublient de lire ce qui est réellement écrit. Parfois cette attitude est une réaction de défense pour rejeter ou ne pas examiner et débattre d’une idée qui dérange.

Aujourd’hui les deux mots les plus employés dans les médias sont “Voilà“ et “populisme“. Quand on ne sait pas classer une idée à droite ou à gauche, ou qu’on ne la comprend pas on la taxe de populisme. Cela clôt le débat.

Mais parlons du Front National. Les caciques du Front sont des énarques, des 5000 comme dans tous les autres partis. La tentation boulangiste est une vielle affaire en France, elle prospère dans l’ambiguïté et se termine toujours en fiasco parce que les solutions miracle ne sont jamais praticables… Sortir de l’euro, fermer les frontières… yaka… de la politique du Bistro du commerce… on pense à ce fameux gribouille qui se réfugiait dans la mer pour éviter d’être mouillé par la pluie….

En toute hypothèse la description de la France des 5000 n’est pas du populisme ni du poujadisme, ni quelque autre mot en “isme“. Le trop d’impôt est une évidence, le mauvais emploi des deniers publics devient insupportable. Désigner les responsables de l’état de la France est un devoir. Il faut donc dire que l’hyper-élite française est ringarde, prévaricatrice dans l’âme et incapable proposer des solutions pour en sortir au personnel politique qu’il soit de droite, de gauche ou aux extrêmes.

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D’où viendra la solution ? Proposez-vous des solutions ?

On confond trop souvent le registre de l’analyse avec celui des remèdes. Si nous sommes d’accord sur le constat, les solutions apparaissent d’´elles-mêmes. Mais pour déterminer les meilleures mesures à prendre l’analyste n’est pas forcément le plus qualifié. L’erreur fatale serait d’exiger de lui qu’il énonce des solutions et de se servir de la critique légitime ou pas de celles-ci pour perdre de vue le diagnostic.

Le médecin vous dit de quelle maladie vous souffrez, le médicament est du ressort de la pharmacopée. Une fois que les solutions sont sur la table on peut revenir à l’analyste pour éclairer le choix. Mais d’abord et avant tout il faut s’accorder sur l’origine du mal.

En réalité, la première des solutions est celle utilisée dans le monde de l’entreprise pour résoudre un problème on commence par une phase de sensibilisation. A cet égard, le livre qui place l’hyper-élite devant ses responsabilités participe à la solution.

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Un livre peut-il changer quelque chose?

Parfois un seul mot le peut. Le mot juste, prononcé au bon moment. C’est le rapport dialectique entre les faits et les idées.

Le sentiment d’impuissance du citoyen, devant une situation sur laquelle il n’a aucune prise, finit toujours par trouver un exutoire.

Il en résulte le pire ou le meilleur.

N’excluons pas le fait qu’il existe des 5000 de bonne foi, sincères et l’on sait que l’intelligence ne leur fait pas défaut.

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N’avez vous pas le sentiment de cracher dans la soupe ?

Sans jouer les lanceurs d’alerte qui trahissent une confiance qu’on leur a accordée, de tous temps, la lucidité a été d’abord pratiquée de l’intérieur, ou par des personnes assez proches du système pour en comprendre les mécanismes, et si l’on est plus sévère les tares.

Quand la soupe est immangeable, cracher dedans ne change rien, par contre faire observer au cuisinier qu’il ne remplit pas son office est un devoir qui relève de l’instinct de survie.

Les Français découvrent une réforme des régions venue d’en haut, taillée sur mesure pour et par l’hyper-élite décrite dans le livre « Les Cinq-Mille, Fortune et faillite de l’élite française » paru le 15 mai 2014.

La grille de lecture proposée par les auteurs Thierry Merle et André Touboul, réunis par l’initiative citoyenne Simplicius Aiguillon montre pourquoi il serait vain d’en attendre des économies ou une réponse au marasme économique qui frappe la France.

Dans l’ouvrage Les Cinq-Mille, Fortune et faillite de l’élite française, les auteurs ont fourni, dès avant le scrutin, les raisons du score du Front National qui sans programme réel capitalise le rejet des discours et méthodes de l’hyper-élite française. Une invitation adressée aux 5000 de prendre conscience de leurs responsabilités.

Quels sont les remèdes pour la France ? Chacun en propose et des plus variés. Toutefois, il est temps de se mettre avant tout d’accord sur le diagnostic. L’origine du mal n’est-il pas dans la nature même des 5000 dont le talent est d’inventer des leurres les plus contradictoires. La mondialisation et la mollesse de la reprise internationale, l’Europe pusillanime et l’euro fort, le populisme et la médiocrité du personnel politique…la liste n’a pas de fin et l’on en vient inéluctablement au même point : les Français eux-mêmes qui réfractaires à toute réforme seraient le principal problème de la France. Les 5000 vont-ils enfin prendre conscience que la faillite de la France va les concerner ? Accepteront-ils de faire face à leurs responsabilités en se réformant eux-mêmes ? Il n’est pas interdit de l’espérer. En attendant, on constate qu’ils préfèrent administrer au pays des doses de plus en plus massives et anesthésiques de dépenses publiques.

La Justice n’est pas un pouvoir, mais une autorité. L’autorité ne se décrète pas, elle s’acquiert au prix d’efforts permanents par la démonstration de hautes qualités morales, humaines et techniques. Un seul faux pas, et tout est remis en question. L’affaire du “mur des cons“ est à cet égard d’un extrême préjudice ; il est impossible d’exiger le respect si l’on ne respecte pas le justiciable. Quand le juge devient militant politique dans un syndicat classé à droite ou à gauche, il porte atteinte à l’institution dans ce qu’elle a de plus précieux, son impartialité. Les télescopages entre calendriers judicaires et politiques, l’instrumentalisation des affaires judicaires, les incursions de magistrats sur la scène électorale, sont plus que de malencontreux pas de clercs, ils achèvent de dévaloriser les décisions pénales. Celles-ci désormais n’ont plus rien d’infamant et ne mettent pas fin à une carrière d’élu, elles en sont parfois l’ironique apothéose. Les 5000 n’en ont cure, pis ils s’accommodent de cette déliquescence qu’ils organisent, car elle leur assure en toute circonstance une parfaite impunité de fait.

Si la démocratie est l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, la France n’est plus une démocratie. L’exécutif fait la loi, dans tous les sens du terme. Toutes les réformes pseudo démocratiques ont pour effet de renforcer la prééminence de l’exécutif. Sous la 5ème République, le pouvoir de nomination à toutes les fonctions de l’Etat appartient au Président, et depuis 1962, il est revêtu de l’onction du suffrage universel. Sa domination est accentuée par le quinquennat qui lie étroitement le sort des députés à celui du Président. L’interdiction du cumul des mandats, centralise les investitures de parlementaires qui n’ont même plus à faire campagne, puisqu’élus dans la foulée de la présidentielle. Ainsi, il suffit aux 5000 de contrôler l’exécutif pour diriger totalement la France. L’homme providentiel serait celui dont le charisme exceptionnel lui permettrait de s’affranchir des 5000. Il y a peu de chance que cela arrive, les 5000 ont mis en place l’Etat providence pour s’en prémunir. Mais que se passera-t-il si l’Etat est défaillant ?

Régionalisation. Rapprocher les décideurs des citoyens, l’idée est séduisante. Mais qui a dit au citoyen/contribuable ce que ce millefeuille allait lui coûter ? Et quel en serait le bénéfice réel ? Car, l’Etat déchargé de multiples tâches ne dépense pas moins et demeure tout puissant. La décentralisation nécessite des postes, l’administration territoriale compte 1,8 millions de fonctionnaires. Elle a justifié la création de l’INET (60 promus par an), une petite sœur de l’ENA (80 par promotion). Et de fait, le partage du pouvoir réel reste très théorique, Paris continue de dicter sa loi. Par la suppression de la clause de compétence générale on rend encore plus nécessaire que les bureaucraties s’entendent sur tout, les faits n’obéissant pas aux frontières administratives. Au prétexte de simplification les 5000 reprennent le peu de pouvoir qui leur échappait.

Les 5000 sont formatés pour s’accommoder de toutes les idées, ils ont l’agilité intellectuelle du caméléon ; en d’autres termes, ils sont aptes a prendre toutes les couleurs pourvu que cela leur soit profitable. Socialiste en France, un tel devient libéral forcené quand il rejoint une institution internationale.

Recentralisation. Diviser par deux le nombre de Régions, le citoyen croit entendre que l’on va réduire sensiblement le nombre de fonctionnaires territoriaux, donc que les impôts qui l’accablent vont cesser d’augmenter. Le citoyen rêve. Quels postes inutiles supprimer ? En réalité, les doublons sont avec l’Etat. Pour atteindre très vite le même résultat, il suffit de diminuer le nombre des élus aux assemblées régionales, et de créer des services communs inter-régionaux. Au demeurant, les 5000, la crème du millefeuille, ne sont pas inquiets, les particularismes locaux vont s’exprimer, la montagne accouchera d’un souriceau et ils n’auront pas à s’expliquer sur l’absence d’économies réelles.

 

Prendre soin de son environnement est une règle de conduite vieille comme l’humanité, cela porte le nom de civilisation. L’histoire est une succession de catastrophes dont le propre est de n’avoir pas été prévues. Lorsqu’elles se produisent le principe de précaution invite à cesser toutes les activités soupçonnées d’en être à l’origine. Le principe auquel les 5000 ont donné une valeur constitutionnelle est bien plus exigeant. Au nom du principe de précaution à la française, on s’interdit d’agir en l’absence de toute nuisance effective. Un risque supposé suffit à paralyser toute initiative. Il ne s’agit plus de précaution ni de prudence, mais d’immobilisme. Par l’autorisation administrative préalable, les 5000 verrouillent la France.

 

L’Europe pour et par les nuls. Pierre Moscovici déclare « l’Europe pour moi n’est pas un lot de consolation… » Cela va tellement mieux en le disant. Avec la nomination d’Harlem Désir comme secrétaire d’État aux Affaires européennes et Vincent Peillon réformé de l’Education Nationale (qui se recycle à Strasbourg) on voit que la France des 5000 consacre ses éléments les plus brillants et ses meilleurs efforts à l’Europe ! Une telle désinvolture laisse pantois. Qu’en attendre en retour ?

Et pourtant, à la condition d’en comprendre le bon usage, l’Europe est une chance, et probablement la seule qui ait de l’avenir.

La politique de l’offre à la française consiste à regonfler par des mesures quantitatives les marges des grandes entreprises. Elles sont en effet gérées par les 5000 et leurs amis qui en profitent pour exporter leurs bénéfices, sans modifier leur politique d’investissement. Les PME, les PMI et a fortiori les Très Petites Entreprises ne sont jamais des cibles d’atterrissage des 5000. Pour eux elles n’existent pas : ils n’y ont pas d’amis, et les laissent donc disparaître sans états d’âme. En 2013, 63 100 entreprises ont déposé leur bilan, autant qu’au plus fort de la crise de 2009. Mais alors qu’en 2009 les grandes entreprises étaient en difficulté, aujourd’hui le mal concerne le tissu économique profond des TPE et PME, car aucune des mesures de la fameuse politique de l’offre ne les concerne. Le code du travail restant ce qu’il est, une baisse de chiffre d’affaires est une disparition inéluctable pour les entreprises qui ne peuvent s’adapter.

Les 5000 osent tout. En mars 2013, les Sénateurs français rencontrent à Bern les parlementaires suisses, ils leur expliquent (car on ne parle pas à un Suisse, on lui explique) le système fiscal français. Ils ne sont pas d’accord ? C’est qu’ils n’ont pas bien compris, alors on recommence plus lentement en articulant. “La Suisse est en retard en matière de dépenses publiques”, décrète une Sénatrice. On a bien lu, elle dit “dépense” et non “service public”. Les 5000 n’ont aucun complexe et en tout cas pas celui d’infériorité.

 

Une porte parole du Parti Socialiste est lobbyiste chez Bouygues Télécom. L’intéressée est membre de l’Association des directeurs de cabinet des collectivités territoriales dont les membres se jurent une solidarité sans faille affirme le magazine Le Point. Les 5000 pratiquent sans états d’âme une confusion des genres entre le monde des affaires et les organisations politiques, pour le plus grand profit des entreprises du CAC 40. Jusqu’où iront les 5000 ?

Un euro c’est fort ! 12 millions d’euros, c’est trop fort ! Tel est le montant des primes de cabinet que la garde rapprochée du gouvernement de Jean-Marc Ayrault s’est répartie en 2013. Ils sont 449 à bénéficier  chacun de ce complément de rémunération en moyenne de plus de 26 000 € par an, et pour les mieux lotis de 42 000 €. 12 millions selon Le Figaro, mais 26,47 millions d’euros selon Le Monde. Les primes sont aussi difficiles à compter qu’une manif entre la Bastille et la République. Supposées être des “indemnités pour sujétions particulières”, ces sommes sont-elles imposables, supportent-elles des cotisations sociales ? Seuls les 5000 le savent.

 

Jean-Vincent Placé n’est pas un 5000… Il mérite le peloton d’exécution pour n’avoir pas payé ses PV de stationnement. D’accord, ce n’est pas bien, mais au moins ne les a-t-il pas fait sauter !

Les syndicats hurlent contre les cadeaux aux entreprises. Quelle horreur ! Si les entreprises ont de l’argent, il va falloir se bagarrer pour leur en prendre. C’est tellement plus facile de tendre la sébile aux 5000. Ils sont généreux avec l’argent des autres.

 

Liberté, égalité, fraternité, telle est la devise de la France, telles sont les valeurs de la République. Dans l’État 5000, cet idéal révolutionnaire est conçu comme un antagonisme incommode. Ainsi la liberté y est chichement mesurée, l’égalité est un mot creux face à une société de privilèges et la fraternité devient une solidarité surfacturée par une administration tatillonne. Faute de rechercher une cohérence entre l’individu libre, l’égalité des chances et une morale fraternelle dont la complémentarité est le véritable rêve français, les 5000 désespèrent les forces vives de la France et d’abord ceux qu’ils condamnent à l’exil pour accomplir leur volonté légitime d’entreprendre. Privée de grandes espérances, la jeunesse française est désenchantée et il est fatal que les plus fragiles s’abandonnent au cauchemar djihadiste. Confrontés à ces criminels en puissance, les 5000 ne devraient-ils pas s’interroger d’urgence sur leur propre défaillance à faire rêver la France ?